L’orphelin de la famille Zhao

Zhao Shi Gu Er (赵氏孤儿)
lundi 5 septembre 2011

Un orphelin élevé pour venger l’extermination de sa famille et pris dans des conflits de paternité…

À l’époque des Printemps et Automnes (770-475), au royaume des Jin en 583, le général Tu Angu échafaude un plan machiavélique et sanguinaire pour évincer le premier ministre Zhao Tun et son fils, Zhao Shuo, héros de guerre marié à la noble Zhuang Ji, enceinte. Celle-ci persuade son médecin, Cheng Ying, de sauver son fils : l’homme simple sacrifie son propre enfant et son épouse pour préserver le dernier Zhao. Cheng Ying élèvera l’orphelin dans l’esprit de vengeance et s’efforcera de l’introduire dans l’intimité de Tu Angu.

Inspiré d’une histoire vraie, le film adapte une pièce composée par Ji Jun Xiang sous les Yuan. Au demeurant, Voltaire en publia sa version : le célèbre Orphelin de la Chine. Certes, le film offre d’éblouissantes scènes d’action, au demeurant dotées d’une chorégraphie renouvelée, mais Chen Kaige focalise plus sérieusement sur la confrontation des caractères, voire l’évolution des personnages et la concurrence entre les deux « pères adoptifs » du pupille, susceptible d’éveiller des échos pour l’époque moderne. Le médecin vaut bien plus héros du quotidien que sabreur…

Le cinéaste déroule avec brio son récit, avec un art consommé du montage, des raccords symboliques, du travelling, de l’ellipse et des flashbacks, sa méticulosité habituelle, dans un langage cinématographique se caractérisant par une extraordinaire fluidité et riche en scènes enlevées. La somptuosité des décors, volontiers éclairés de chandelles, et des costumes complétera le plaisir du spectateur, permettant d’accéder à une picturalité cinématographique, culminant avec l’affliction, puis le suicide de Zhuang Ji. Le symbolisme apparaît aussi : les défenseurs de la future mère acculée portent des vêtements blancs immaculés, tels des pratiquants face aux hordes de Tu Angu. Le public constatera la vanité humaine : comment un moustique empoisonneur rend inefficace une nombreuse garde prétorienne, un poisson provoque la chute d’un assassin, un vieillard se bat bien mieux qu’un adolescent…


Ge You, vedette interprète de l’humble Cheng Ying, arbore le large spectre de son talent : ironie, obséquiosité, ahurissement. On pourra apprécier une prestation différente dans les films de Feng Xiaogang.

Wang Xueqi (Tu Angu) joua déjà avec Chen Kaige au chef-d’oeuvre MEI Lanfang, immense succès de nos éditions 2009 et 2010.

Huang Xiaoming incarne avec délectation les personnages ambigus, voire cruels : en 2011, on le voit en Han Jue, devant assassiner l’enfant Zhao. Lors du Festival 2010, il interprétait le tortionnaire japonais dans La Rumeur du Vent (Nanjing 1942).

Fan Bingbing s’intéresse aux films d’auteur : Chongqing Blues de Wang Xiao Shuai.

Chen Kaige, rescapé de la Révolution culturelle, intégra l’Académie du Cinéma de Beijing et offre de nombreux chefs-d’œuvre : La Vie sur un fil, L’Empereur et l’assassin, le flamboyant Wu Ji, qui traitait de la futilité guerrière… L’orphelin de la famille Zhao constitue le troisième film lié au théâtre, après Adieu ma concubine, Palme d’or en 1993, et Mei Lan Fang. Thématiquement, il existe quelque rapport entre L’orphelin… et L’Enfant au violon de 2002, un jeune prodige devant choisir entre un père paysan et son maître. Chen Hong, épouse de Chen Kaige, produit habituellement ses films.


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