La perle rare 2

Fei Cheng Wu Rao 2 (非诚勿扰2)
lundi 5 septembre 2011 par GENG Zhan

Rappel du premier épisode : Ge You rencontre, via blind date, l’hôtesse de l’air (dés)incarnée par Shu Qi. Une visite à Hokkaido les rapproche moins virtuellement…

La suite commence par la demande en mariage, au crépuscule sur la Grande Muraille, de Ge You. Après leur participation à la « cérémonie de divorce » entre leurs amis Sun Honglei et Yao Chen, les fiancés rejoignent Hainan, lieu touristique prisé, pour un « mariage à l’essai », entre villa de luxe, cage dorée haut perchée, et palace… Ce « premier acte » de la deuxième Perle se terminera en fiasco et séparation. Un second acte, avec comme climax les funérailles de Sun Honglei mises en scène par lui-même, permettra aux protagonistes de se retrouver… Question existentielle à laquelle les spectateurs devront répondre : comment réconcilier amour et mariage ?

Le spectateur qui ne vit pas la Perle initiale ne doit pas s’inquiéter : l’introduction de la suivante rappelle, au moyen de quelques cartes postales, de Hokkaido à la Grande Muraille, l’essentiel, avant de passer aux cartes de la deuxième… Le scénario bénéficie de la signature de Wang Shuo, écrivain renommé, originaire de la lettrée Nanjing, et qui évolue : désormais, le scénario n’oublie pas les sponsors.

Le générique, apparaissant après plus de vingt minutes, confère quelque importance au spectacle et une impression de richesse scénaristique. De même, la voix off de Zhang Hanyu, célèbre depuis sa collaboration au patriotique Rassemblement réalisé précisément par Feng Xiaogang en 2007 et dont notre festival présenta Nanjing 1942 (La Rumeur du Vent) en 2010, ambitionne sans doute de se démarquer : au demeurant, Feng Xiaogang se réfère à Woody Allen.

Plutôt qu’à « quatre mariages et un enterrement », le spectateur assistera à un divorce et à un « enterrement dans la mer », voire « suicide assisté ». À l’instar de Four Weddings and a Funeral réalisé dès 1993 par Mike Newell, le film utilise un décès pour conférer quelque profondeur à une comédie. À la place d’une mariée en noir, le film propose une divorcée en deuil de son mariage, avec Shu Qi en « demoiselle de compagnie ». Symétriquement, l’automobile de mariage se trouve remplacée par un corbillard.

La production (post)moderniste de Feng Xiaogang applique certains principes qui demeurent chinois, telle la symétrie des situations : de la « cérémonie de divorce » à celle de funérailles anticipées et mises en scène par le futur défunt, voire suicidé. Plus trivialement : du soutien apporté par Ge You à Shu Qi, indisposée (litote), dans des toilettes au secours de celui-ci, ivre mort, par la femme dans un même lieu, certes de restaurant chic… De façon plus générale, le film connaît deux parties bien distinctes, introduites et séparées par des scènes d’avion virtuelles, qui permettent aussi commodément d’établir un lien avec l’hôtesse de l’air présentée dans la première Perle. Deux films : deux suicides ou tentatives, toutes par noyade : se souvenir de la tentative commise par Shu Qi en 2009. D’une île à l’autre : de Hokkaido à Hainan…

Conjointement, Feng Xiaogang applique notre principe : le film filme le film, en tout cas la télévision. Mise en abyme généralisée, tant au « cinéma de genre » que chez l’auteurisme : perte de l’innocence, ère du soupçon typiques. Ge You apparaît à l’écran en tant que cameraman, pour la meilleure scène.

« Bienvenue à Hainan »… Assurément, le film invite toujours au tourisme : de la Grande Muraille à Hainan, en (re)passant par Beijing, dont l’immeuble présumé postmoderne consacrant le siège de la télévision apparaît souvent à l’écran. Au demeurant, l’Administration du tourisme de Beijing s’érige en partenaire officiel. Bienvenue au Méridien… L’île ambitionne d’attirer des touristes pas seulement chinois.

Afin de tirer quelque leçon sérieuse, il convient de souligner le cynisme, tant s’agissant du contenu que quant aux conditions de production. La martingale habituelle au jeu de Shu Qi, qui utilise volontiers sa bouche caractéristique et réprime ostensiblement rires ou sourires, s’inscrit dans cette volonté sarcastique : méthode du sourire étouffé…

Plus légèrement, on retrouvera quelques fondamentaux, sinon chinois en tout cas liés aux querelles de couple. Ainsi, Shu Qi frappe volontiers Ge You, en variant les « plaisirs » : coups de pied, « de main », voire morsure.

Pour valoriser le film, on ouvrira des fenêtres sociologiques, avec de nombreux plans dans et sur les automobiles, voire une Shu Qi conduisant elle-même. Déjà, la Perle liminaire promouvait « le tourisme automobilistique » (passage d’une marque asiatique à une ou des allemandes). S’agissant d’arborer quelque tolérance, on notera à l’arrière-plan d’une scène au restaurant, parmi d’autres nombreuses, un jeune Chinois aux cheveux rouges (attention aux faux raccords). Quant à l’ami homosexuel de Ge You, il s’avère un peu moins caricatural qu’en 2009.

Feng Xiaogang s’efforce de provoquer le rire : Ge You cède à la viande rouge et aux vulgaires frites… L’une des meilleures scènes, sans doute : lorsque Ge You, esseulé, regarde sur écran plat de téléviseur le spectacle auquel se rendit seule Shu Qi.

La dernière Perle constitue le premier film chinois à sortir presque simultanément aux États-Unis. La troisième édition du China Image Film Festival londonien programme aussi ce film.

Feng Xiaogang s’avère sans doute le réalisateur le plus commercial, capitalisant sur des sorties 贺岁片, Hesui Pian, films du nouvel an. La Perle s’inscrit dans une commande des producteurs Huayi, pour qui Feng Xiaogang doit réaliser encore de nombreux films.

Ge You, qui remporta le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1994 pour le chef-d’œuvre Vivre ! de Zhang Yimou, collabore souvent aux films de Feng Xiaogang : ainsi du Téléphone mobile en 2003, déjà présenté par notre festival.

Shu Qi joua chez deux auteurs. Hou Hsiao Hsien la dirigea dans Millennium Mambo et Three Times respectivement de 2001 et 2005, ainsi que Fatih Akin dans New York I Love You, en 2009, où l’actrice joua au demeurant une herboriste.


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